Cat Mousses

Récit #181 - En route vers Palawan (Philippines)

Beaucoup de choses se sont passées depuis mon récit no 180. Petit rappel, nous étions arrivés aux Philippines au début du mois d'août et Hugo, notre équipier, nous avait alors quitté pour le Vietnam. De notre côté, après environ deux semaines et demi d'administration de toutes sortes à Cebu, nous étions partis à l'aventure, sac au dos, pour une escapade de 17 jours (Manille - Hong Kong - Chine). Mes récits concernant cette aventure se retrouvent sous un onglet séparé de nos récits, soit celui de notre voyage en Chine. Nous avons fait un très beau voyage et avons, de plus, eu la chance de passer deux jours avec Guy (un des frères de René) à Beijing.

Une fois de retour au bateau à Cebu, nous avons fait un petit sprint (préparatifs de départ) de 2 ou 3 jours et avons repris la mer il y a environ une semaine pour d'abord rallier Cagayan. Nous y avons passé quelques jours en compagnie du bateau Pagos qui nous accompagne jusqu'à Palawan, d'où nos chemins se sépareront ensuite. A Cagayan, les enfants se sont amusés comme des petits fous avec leurs deux copains britanniques (George 14 ans et Oliver 11 ans). Aussitôt les classes du matin terminées, ils disparaissaient et on ne les revoyaient plus de la journée. Il y avait un bon moment qu'ils n'avaient pas pu se baigner et jouer à la plage alors ils en ont profité à plein. Ils se sont baignés, ont sauté, nagé, fait toutes sortes de galipettes, plusieurs courses et compétitions d'optimiste, des légos, de la cuisine, de la plage, des pique-niques. Ils ont aussi fait beaucoup de pêche, tantôt à la traîne, tantôt statique, ils ont pêché plusieurs poissons, squid, coquillages et autres. Ils nous ont apprêté des mini-coquillages (genre mini-huitres), qu'ils ont cuit sur un feu sur la plage. Ils étaient bien fiers de leur projet sur lequel ils avaient mis beaucoup de temps, alors il fallait que je trouve à utiliser ces mini-huîtres d'une façon quelconque, car l'autre bateau n'en voulait pas. Je les ai mis sur la pizza ce soir-là et c'était parfait. Les garçons ont aussi fait, avec les papas, deux pêches de nuit d'où ils ont rapporté des crabes, poissons et une langouste à chaque soir. Les dernières langoustes dataient de la Papouasie alors elles étaient bienvenues.

Nous naviguons, depuis hier matin, vers Palawan, notre dernier arrêt aux Philippines avant de partir pour la province de Sabah en Malaysie orientale. Nous devrions arriver en fin de journée aujourd'hui si tout va bien. Sur ce je vais aller dormir un peu, j'ai les yeux lourds. Plus à suivre sur Palawan où nous ferons une expédition de bateau dans une grotte.

Posté: 2011-09-19

Cat Mousses

Récit #180 - Bain de civilisation dans les Philippines

Cebu aux Philippines

Nous sommes finalement arrivés à destination vendredi le 5 août dernier. On pourra dire qu'Hugues y aura goûté pas mal, car la mer ne nous a pas lâchés et nous en a fait voir de toutes les couleurs et ce jusqu'à la dernière seconde, lors de cette traversée entre Palau et les Philippines. Aussitôt arrivés, nous avons reçu la visite des deux officiers de la quarantaine, fort aimables et dynamiques. Ce premier contact avec les locaux est souvent un bon indicateur de ce à quoi on pourra s'attendre de la population locale d'un endroit, et en effet nous ne nous étions pas trompés. Les qualités qui nous frappent le plus chez les Philippins à date sont leur vaillance, dynamisme et politesse. Energiques, avenants, calmes, patients et souriants, ils sont toujours au devant de tout. Ils sont d'une extrême politesse et travaillent comme des abeilles à journée longue. On comprend facilement que les Philippins soient aussi prisés comme main-d 'oeuvre partout dans le monde. Ici la plupart des commerces sont ouverts 7 jours par semaine et ce jusqu'à 23h00, dans les centres commerciaux par exemple. Ce qui nous a le plus frappé est le nombre effarant d'employés dans tous les commerces. Dans un supermarché par exemple, il peut y avoir 5 employés par caisse et toutes les caisses sont ouvertes. Il y a du 'staff' comme on en a jamais vu nulle part ailleurs. Ca qui est le plus triste c'est de savoir que tous ces gens ne gagnent que des pécadilles comme salaire. S'ils étaient moins, la masse salariale à partager deviendrait peut-être plus intéressante. Autre fait intéressant, nous avons remarqué un uniformisme incroyable. Partout il y a les uniformes, tous sont habillés pareil selon leurs fonctions. Par exemple, toutes les caissières sont identiques dans les épiceries, les quincailleries, les boutiques des centres d'achats, etc. De la robe, aux bas de nylons obligatoires, souliers, chapeaux, tout est identique. Catherine a remarqué qu'elles ont souvent les mêmes boucles d'oreilles et le même maquillage, c'est frappant comme uniformisme.

Nous sommes actuellement au mouillage devant le Yacht Club de Cebu. Nous avons déjà vu mieux comme propreté. Jamais nous n'avons vu autant de débris et de déchets dans l'eau, ça bat tout ce que nous avons vu jusqu'ici. Vous dire ce qui flotte à la surface de l'eau, des rats, grenouilles, déchets, sacs, bouteilles, algues, morceaux de bois... et ne parlons pas de la senteur. Chaque soir on a l'impression qu'ils déversent le système des égouts et eaux usées de la ville dans la baie. L'autre jour Thomas a perdu l'équilibre en sortant du dinghy et est tombé à l'eau le pauvre. Disons qu'on évite la baignade et les douches à l'eau salée ici. Autre constatation, le karaoke! C'est très populaire ici. Dans les épiceries, les quincailleries, les hôtels avoisinants. On entend ça du matin au soir, ça commence parfois aussi tôt que 06h00 AM et les voix ne sont pas toujours harmonieuses, voire rarement. Franchement René n'en est pas revenu de voir du karaoke lors d'une visite chez Ace hardware, (quincaillerie de l'endroit).

Nous n'étions pas sitôt arrivés que nous faisions notre première sortie à terre, dans un endroit dont Hugues rêvait depuis l'Australie... un Mac Donald. Ses recherches sur internet lui avaient indiqué qu'il y en a 49 alors ce fut obligatoirement notre première sortie. Bien que le menu offre du spaghetti, du poulet frit et du riz, nous sommes demeurés traditionnels avec l'incontournable trio Big Mac / frites. Hugues n'a pas perdu de temps et deux jours après notre arrivée au pays, il nous quittait pour d'autres horizons. Il va sans dire qu'après plus de quatre mois parmi nous, son départ aura laissé un grand vide. Merci pour tout Hugues, tu nous auras beaucoup aidé et surtout, tu nous manqueras pour les classes que nous avons d'ailleurs repris depuis une semaine déjà. Tu auras, de façon indéniable, laissé ta marque et on parle souvent de toi, tu t'en doutes.

Nous avons passé nos deux premières journées au méga centre commercial (SM City). Alors que René et les enfants se sont payés le dernier film d'Harry Potter, je me suis laissée aller pour une folie, soit un soin facial pour un gros 10$ dans un spa chic ultra moderne. Quel bonheur! Il y en a pour tous les goûts dans ce Méga centres d'achats, les enfants sont même allés jouer aux quilles et nous avons découvert un talent caché de Hugues qui s'est, apparemment , avéré très habile avec la boule.

A leur plus grand bonheur, les enfants ont trouvé deux amis (George 14 ans et Oliver 11 ans) dans le voilier Pagos, des Britanniques qui naviguent depuis 9 and déjà. Les parents, Sue et Adrian sont aussi fort gentils et nous avons fait plusieurs activités, les deux familles ensemble, dont une géo-cache (la seule de Cebu), une sortie au marché local 'Carbon Market', une visite des points les plus touristiques du centre-ville de Lapulapu ainsi qu'un après-midi à l'arène local à suivre les combats de coq. Nos déplacements depuis le premier jour, se font toujours en Jeepney, petits autobus locaux. Ce sont des petits camions fourgons colorés et décorés de façon toutes plus originales les uns que les autres. On s'entasse à l'arrière, dans la 'boîte de truck' couverte d'un toit mais dont les côtés et le derrière sont ouverts. On a vite compris qu'il n'y a pas de capacité maximale dans ce moyen de transport. Quand on pense que le bus est plein, on peut encore entasser une bonne quinzaine de personnes pour l'avoir expérimenter à maintes reprises. Quand il n'y a plus de place assises, il reste toujours les petits bancs de bois (tchap tchap), sur lequel on s'assoit dos à dos pour optimiser l'espace. Tout est pensé. Les Philippins sont d'un calme et d'une patience inébranlable, rien ne semble les énerver, même dans les moments les plus achalandés, peu importe la chaleur, le traffic et le degré d'entassement.

Les prix sont ridiculement bas ici et nous nous en réjouissons. Pour vous donner une idée de grandeur, une coupe de cheveux coûte 1.70$ dans un salon chic mais un gros 0.68$ dans un barbier local. Une manicure-pédicure revient à 2.29$, ouf à ce prix là, Catherine et moi ferons peut-être une sortie de filles. Une 'ride' de taxi coûte 1.50$ en moyenne et une 'ride' de jeepney coûte au plus 0.25$, dépendamment de la destination. Manger sur la rue revient moins cher que de cuisiner. En effet, ou peut trouver un poulet rôti entier pour 2.50$ et des portions individuelles de riz cuit à la vapeur pour 5 sous la portion. Ca fait un souper qui revient bon marché. On trouve des brochettes, du porc rôti, des méchouis, du poulet frit, il y en a pour tous les goûts. Vraiment , à ce prix, acheter sa viande à l'épicerie revient plus cher mais si on le fait quand même pour varier les menus. Nous avons essayé plusieurs nouveaux fruits: durian, centol, jack fruit (moins nouveau) et d'autres dont le nom m'échappe.

Nous avons quelques projets en branle, dont la réparation du radar , problème encore en suspends, car le trouble s'avère plus compliqué qu'une simple connexion comme on espérait. Nous faisons aussi réparer notre spi et vu les prix, nous nous faisons faire un 'lazy bag' pour couvrir la grand voile de façon permanente sans avoir à enlever et remettre le taud (couvert de la grand voile) à chaque fois. Wow, toute une gâterie! En Australie on nous demandait 1 500$ alors qu'ici on nous le fait pour 600$. Ca vaut la peine.

Depuis une semaine nous travaillons sur un projet, soit un voyage en Chine. Naviguer jusqu'à Hong Kong aurait été facile mais en revenir, vent dans la nez, aurait été fort intéressant et aucun d'entre nous n'avait le goût de tenter l'expérience, basé sur notre dernière traversée. Nous étions tous sur le point de baisser les bras quant à une possible visite en Chine mais à force de magasiner et de chercher, nous avons déniché des prix très raisonnables. Tant et si bien que dans deux jours, nous partirons pour le voyage suivant: traversier jusqu'à Manille (Philippines), avion jusqu'à Hong Kong, train jusqu'à Beijing et retour sur nos pas de la même façon pour un voyage total de 17 jours, sac au dos et dormant dans les backpackers. René a passé beaucoup de temps à faire des recherches et nous a déniché des affaires en or, combinant traversiers, trains et avions. Nous sommes bien contents car c'est en ligne avec le genre de visites que nous nous étions promis cette année. Après tout, on ne navigue pas jusqu'ici dans le monde pour passer à côté de destinations aussi prisées lorsqu'on est tout à côté, que l'on s'est dit. Nous avons reçu nos visas hier et nous partons après demain. Les enfants ont activement participé à la préparation du voyage et aux recherches de toutes sortes, dont les auberges 'backpackers' et autre. Dans le cadre des classes, ils travaillent depuis une semaine sur des projets de recherche respectifs: La grande muraille de Chine, cité interdite et divers autres temples connus pour Thomas, Hong Kong pour Catherine et la Chine dont les animaux et la cuisine chinoise pour Nicolas et Antoine. Nous avons tous bien hâte de partir, d'autant plus que nous aurons peut-être la chance de rencontrer le frère Guy de René, plus à suivre de ce côté.

Le seul ennui, ou ombre au tableau, ce sont les microbes sur Cat Mousses. Je ne sais pas si c'est que notre système doit s'ajuster aux microbes de la grand ville mais je ne nous ai pas vu aussi malades depuis longtemps. Depuis notre arrivée ici c'est la ronde des grippes, fièvre, toux, gastro par les deux bouts, maux de ventres, infections, boutons. L'infirmière se fait aller mais avec notre super pharmacie de bord on trouve de tout pour bien se soigner. Sur ce, je termine ici, c'est l'heure de mes exercices du matin et il reste beaucoup à faire d'ici notre départ. Comme nous aurons l'Ipad, je tenterai d'écrire au fur et à mesure au cours de notre escapade.

Posté: 2011-08-16

Cat Mousses

Récit #178 - Palau en Micronésie

Palau et ses magnifiques Rock Islands

Nous avons atteint le port de Malakal à Palau, vendredi le 8 juillet et c'était jour férié dû à la fête nationale du 9 juillet (Constitution Day). Fort heureusement toutefois, nous n'avons pas eu à débourser de frais supplémentaires comme nous le craignions. Comme c'était aussi le festival du taro cette journée-là, nous avons eu la chance de goûter toutes sortes de spécialités locales par le biais de compétitions culinaires des hôtels participants. Il y avait des exhibitions d'art local de toutes sortes. Leur art considéré le plus traditionnel est appelé 'storyboard', soit une plaque de bois dont les multiples sculptures représentent des légendes locales. Nous avons aussi eu la chance inouïe aussi d'assister à une performance de chants et danses traditionnels. Disons que ça tombait bien comme journée d'arrivée.

La république de Palau est le territoire le plus à l'ouest de la Micronésie et fait partie des îles Carolines, elles constituées des 4 états des Etats fédérés de Micronésie (dont Yap ) et de Palau, qu'on appelle aussi Belau dans la langue parlée nationale ( le Palauan). Etabli en 1982, ce pays est devenu la République de Palau en 1994, une fois son indépendance déclarée. Palau consiste en six groupes d'îles contenant plus de 349 îles individuelles, le tout totalisant un territoire de 191 miles carré. Ce pays, comprenant 16 états, est une république constitutionnelle en association libre avec les Etats-Unis, d'où la forte influence américaine que l'on peut palper. Nous nous trouvons actuellement sur l'unité d'îles principales, soit l'île de Koror où se trouve l'ancienne capitale, aussi appelée Koror et maintenant remplacée par Melekeok, nouvelle capitale officielle du pays. A Koror vit la grande majorité de la population, soit plus de 13 300 habitants (en 2000) sur un total d'environ 17 225 sur tout Palau. La monnaie d'échange est ici le dollar américain. Fait intéressant, dans les civilisations anciennes, des billes d'argile ou de verre de couleur orange ou jaune (appelées Udoub) étaient utilisées comme offrande ou monnaie d'échange. Plusieurs femmes portent d'ailleurs un collier avec ce 'udoub' comme pendentif.

Bien que nous ne soyons pas dans la haute saison de tourisme, il est évident que Palau est un endroit fort touristique. On dit y recevoir plus de 80 000 visiteurs par année. La majorité de ces touristes proviennent du Japon avec 34%, mais aussi de Taiwan (26%), Corée (18%) et Etats-Unis (10%). Il y a d'ailleurs dans les épiceries, un rayon entier consacré pour chacun de ces pays asiatiques, sans oublier les Philippines car une très large portion de la main-d'oeuvre locale provient de ce pays. Nous avons passé beaucoup de temps à éplucher ces rayons à la recherche de nouveaux produits. Moi qui aime tant la cuisine orientale, je sens que je vais bien me plaire dans les épiceries que nous croiserons cette année.

Le surlendemain de notre arrivée, nous avons loué une voiture pour explorer tous les racoins de l'île. En l'espace d'une journée, grâce à notre ami Lonely Planet et une carte routière assez rudimentaire, nous avons pu localiser, non sans mal, les attractions les plus populaires de l'île dont: les deux cascades d'eau, la tombe du légendaire personnage de Malsol (Malsol's tomb), le lac Ngardok (plus gros lac d'eau douce de l'île), les monolithes de pierre, village traditionnel, 'stonepath', cimetières et site mémorial, le plus ancien Bai de Palau (men's meeting House) soit la maison traditionnelle de rencontre, des vestiges d'anciens chars et armements japonais, le National Capitol de Melekeok (plus ou moins le palais présidentiel du pays) le tout ponctué de multiples arrêts tout au long de la journée pour trouver les incontournables géo-caches de Thomas (sur les traces de son parrain qui a 2013 géo-caches à son actif).

Palau est considéré comme l'un des plus beaux sites de plongée au monde et ce, que ce soit pour la plongée en bouteille ou le simple snorkeling. Nous revenons tout juste d'une escapade de 10 jours à explorer les Rock Islands, un jardin d'îles flottantes et nous sommes en mesure d'affirmer que les eaux de Palau regorgent en effet d'une faune et d'une flore aquatiques incomparables. Jamais dans nos trois dernières années de navigation nous n'avons plongé dans des eaux aussi parfaites.

Nous nous sommes procurés un permis pour pouvoir naviguer dans les Rock Islands et, mis à part les quelques bateaux de touristes offrant des excursions quotidiennes, nous étions le seul et unique bateau à voile dans le coin. Seuls au monde nous avions tous les Rock Islands juste pour nous. Véritable paradis, les Rock Islands sont considérés comme les joyaux de la Micronésie. Ce sont des espèces de boules de 'limestone', recouvertes d'une jungle d'un vert luxuriant, qui émergent, un peu partout, des eaux turquoises de la mer sur environ 32 km de long. Ils ont la forme unique de champignons puisque le bas de ces îles a été grugé par l'érosion naturelle de l'eau au fil des marées, ainsi que par les poissons qui les picorent tranquillement. Ces îles sont toutes inhabitées et certaines sections, comme les 70 islands, sont interdites d'accès car déclarées zones protégées. Les Rock Islands sont tout un réseau d'îles, de cavernes, stalactiques, arches, canaux sous terrains menant à des lacs salés intérieurs plages et autres. Chaque jour des centaines de touristes asiatiques payent le gros prix pour y faire des excursions alors que nous avions la chance inouïe de nous y prélasser pour 10 jours, seuls avec la nature inhabitée à son état le plus sauvage. Fort heureusement, René s'est procuré le guide de la navigation de Palau et c'est une bénédiction car sans ça nous aurions eu beaucoup de mal à nous retrouver dans le labyrinthe de ces îles champignons qui semblent toutes pareilles et qui se succèdent sans fin à travers les haut-fonds. La navigation y est très particulière et il faut tenir compte des marées en plusieurs endroits pour pouvoir y naviguer l'esprit tranquille.

Grâce à notre guide nautique et grâce aux bateaux de touristes que nous croisions quotidiennement, nous avons pu facilement identifier les 'spots' les plus prisés pour faire des plongées de snorkeling toutes plus extraordinaires les unes que les autres, dont le : Ulong Channel, Blue Pool, Blue Corner, Ngemelis Wall, New Drop Off, German Channel, Cemetary Reef, Clam City et tout ceci sans compter les épaves, tunnels, cavernes et autres. Vous dire la richesse de ces plongées! On se croyait littéralement au beau milieu d'un aquarium exotique, il y avait des centaines d'espèces de poissons de toutes les couleurs. Thomas travaille ardemment sur le dossier de la multitude de photos qu'il a prises. Il tente d'identifier chaque espèce grâce au guide de poissons des récifs coralliens offerts par son parrain et sa marraine avant notre départ il y a trois ans. En plus des milliers de petits poissons exotiques ce sont des bancs de poissons de toutes sortes, des bancs de carangues, des barracudas, napoléons, mérous géants, poissons perroquets de toutes sortes, requins et autres. Tout ceci de pair avec les anémones et coraux de toutes les formes, sortes et couleurs qu'on ne se lasse pas de regarder, découvrant de nouvelles espèces à chaque plongée. Il y a aussi les majestueuses raies mantas et quelques autres espèces de raies mais nous n'en avons pas croisé cette fois.

Palau est le lieu de rencontre de trois courants océaniques majeurs qui abondent en nutriments pour supporter une variété impressionnante de vie marine. On dit que Palau offre plus de 1500 variétés de poissons avec un éventail tout aussi diversifié de coraux durs, coraux mous, anémones et autres. Il y a quatre fois plus d'espèces de coraux que dans les Caraibes, soit plus de 625 types de coraux, ce qui explique que cet endroit soit considéré comme l'un des sites de plongée les plus spectaculaires au monde. C'était d'ailleurs apparemment le site préféré de Jacques Cousteau.

Lors de nos plongées, nous avons, à plusieurs reprises, rencontré des tortues, requins à pointes blanches, à pointes noires, requins de récif, serpents de mer rayés (venimeux), 'piperfish' de la famille des hippocampes et autres espèces étranges. Il y aussi des bénitiers géants (clams tridacna). Les plus gros que nous ayons vus faisaient plus de 4 pieds de long. Certains peuvent peser jusqu'à 500 livres, de quoi nourrir plusieurs centaines de personnes avec une seule palourde. Ces mollusques à deux valves sont les plus gros au monde et peuvent vivre jusqu'à 100 ans.

Encore plus féérique fut notre plongée dans le lac salé intérieur des 'jelly fish'. Dans ce lac on nage avec des millions de jelly fish transparents inoffensifs qui ont perdu toute habileté à piquer et qui nagent en masse pour suivre la trajectoire du soleil. L'une des saisons de la série téléréalité 'Survivors' avait été tournée à Palau il y a une dizaine d'années de cela et René s'était promis d'y venir un jour. Un autre rêve de réalisé! Nous sommes même allés à la plage où la série aurait été filmée, ça faisait drôle d'imaginer les concurrents de l'époque en mode survie dans la nature sauvage de cette plage.

A part ça les enfants s'amusent à explorer le coin avec les kayaks et l'optimiste. Nicolas et Thomas nous ont attrapé plusieurs 'squids' qu'ils nous ont préparés de façon exquise, tantôt comme apéro et tantôt en sauce béchamel pour un spaghetti aux calmars. A part ça ce sont les projets de tricot, de broderie et de couture qui se poursuivent. Catherine a réussi à accrocher ses frères et ils participent avec grand intérêt à toutes ses initiatives de projets manuels. Catherine et Antoine se sont aussi partis une nouvelle entreprise, un 'Beauty Shop' cette fois. Ils offrent différents services dont des massages, manucures-pédicures, soins du visage, coupes de cheveux, tressage de cheveux, coiffure au gel, etc. Je me suis offerte plusieurs gâteries dont des massages, manucures, pédicures et soin du visage alors que le capitaine s'est fait faire une coupe de cheveux ce matin. Entre vous et moi, je l'ai trouvé pas mal brave mais je dois dire que nous avons tous été pas mal impressionnés du résultat.

Côté température, nous avons vraiment été bénis des Dieux lors de notre petite escapade dans les Rock Islands. Nous sommes au coeur de la saison mouillée (été) qui est à son plus fort de juin à août. La température moyenne quotidienne est de 30 degrés avec un taux d'humidité de 80%. Nous essuyons des averses parfois si intenses qu'il peut tomber jusqu'à 1 pouce de pluie en moins de 15 minutes. Fort heureusement, la température a été parfaite pour nous lors de notre séjour dans les Rock Islands car, depuis notre retour, il ne se passe pas un jour sans averses violentes. Les vents pour les prochains jours sont si forts que nous avons dû retarder notre départ pour les Philippines jusqu'à la semaine prochaine où la fenêtre météo, nous l'espérons, sera plus favorable pour cette traversée d'environ 6 jours. Je m'arrête ici, prochain rendez-vous dans les Philippines.

Posté: 2011-07-25

Cat Mousses

Récit 177 - Yap sous sa facette plus urbaine

En navigation entre Yap et Palau en Micronésie

D'abord une petite portion d'histoire pour les intéressés? sinon passez directement à la page 3. L'état de Yap consiste en 16 unités d'îles contenant 145 îles individuelles. Ces unités comprennent les îles de Yap proper, cinq autres formations d'îles ainsi que dix atolls (dont celui de Woleai d'où nous arrivons). Suivant les premiers contacts avec les Européens venus tenter d'établir (en vain) des liens commerciaux avec Yap, d'abord les Portugais en 1526, puis les Espagnols en 1731 puis en 1830, Yap, fut finalement vendu à l'Allemagne en 1899. Un important commerce de copra y fut alors établi par les Allemands. Le contrôle de Yap est passé aux mains des Japonais en 1914, alors que le Japon occupait la plupart des îles du Pacifique ouest en ce début de la première guerre mondiale. D'abord exploitées pour fin de nourriture, les îles de Yap ont ensuite été utilisées comme bases militaires clé par les Japonais qui tentaient désespérément d'étendre leur empire lors de la deuxième guerre mondiale. La seule île que purent capturer les Américains fut Ulithi, soit le plus gros des atolls (habités) de Yap. Ils s'en servirent comme importante base militaire pour leur flotte de navires à la fin de la guerre, peu avant la reddition des Japonais en 1945.

Yap proper, où nous venons de faire escale, est composé de Rumung (l'île interdite) et des îles de Map (Maap), Gagil-Tomil et Yap , lesquelles sont toutes reliées par des ponts et passages carrossables sur la terre ferme. Nous avons d'ailleurs loué une voiture pour une journée pour explorer tous les racoins de ce territoire couvrant un total de 39 miles carrés. Yap proper possède dix municipalités réparties dans plus d'une centaine de villages. La population, autrefois estimée à 10 000 habitants en 1869, a subi un déclin sévère la réduisant a aussi peu que 2500 habitants suivant les premiers contacts avec les Européens et la période de l'administration japonaise. Mais elle a heureusement pu se refaire suivant la guerre. D'ailleurs, lors du recensement de 2000, on estimait à 11 200 les habitants du territoire appelé Yap proper et ceci ne serait que 65% de la population totale de l'état de Yap. Lors de la semaine que nous y avons passé, nous nous trouvions dans la baie de Tomil Harbor dans la capitale, appelée Colonia

Yap est reconnu mondialement comme le 'land of the giant 'stone money' (voire rai en langue locale) soit d'imposantes pièces de monnaie de pierre en forme de roue percée d'un trou au centre, dont le diamètre peut varier de 6 pouces à 12 pieds de diamètre. De façon surprenante, l'argonite, matériel utilisé pour cette monnaie de pierre, ne venait pas de Yap mais plutôt de Palau à quelques 300 miles de là. Ce sont d'ailleurs tous les efforts investis pour à la fois trouver la pierre, la sculpter et la façonner en forme de roue pour ensuite la transporter jusqu'à Yap qui ont conféré à cette monnaie, pour le moins inusitée, toute sa valeur. Évidemment, sa forme la rendait peu pratique, ce qui fait qu'elle n'était pas manipulée à proprement parlé mais plutôt utilisée comme un symbole de richesse, telle une statue que l'on plaçait bien en évidence sur son terrain. Il faut aussi mentionner que la plus importante forme de richesse pour les habitants de Yap (appelés Yapese) est la terre. 'The man is not the chief, the land is the chief' disent-ils. Le statut social d'un Yapese au sein de la communauté ou de sa caste est directement relié au lopin de terre qu'il détient. De plus, c'est le village d'où vient une personne qui en détermine la caste. Les membres d'un village appartiennent tous à la même caste et on estime de nos jours le nombre total de castes entre sept et neuf.

L'histoire de Yap ne serait pas complète sans mentionner le nom de Sa majesté, le capitaine O'Keefe. Cet Américain, après avoir fait naufrage à Yap en 1871, y établit son quartier général d'échanges commerciaux. Personnage très respecté, il y obtint beaucoup de succès. Il comprit vite l'importance de la culture et du 'stone money' et fut instrumental à convaincre les Yapese de l'accompagner à Palau pour faire l'acquisition du fameux stone money en échange de quoi les travailleurs lui fournissaient du copra et des concombres de mer (bêche-de- mer) qu'il revendait ensuite à prix fort à Hong Kong. O'Keefe périt finalement d'une tempête tropicale en mer, au cours d'un voyage commercial. René est actuellement fort absorbé dans la lecture du roman relatant l'histoire vraie de cet aventurier.

La langue parlée ici est le Yapese, un langage malayo-polynésien. Cette langue extrêmement complexe, composée de 13 voyelles et 32 consonnes est apparemment inintelligible des autres Micronésiens. Fort heureusement, ils parlent aussi l'anglais ce qui facilite grandement les échanges. Nous sommes vraiment contents de nous être d'abord arrêtés dans l'atoll de Woleai, sans quoi nous n'aurions pu goûter l'authenticité de la culture du pays. En effet, la culture et les traditions sont beaucoup moins présentes au sein de la capitale. On verra bien de temps en temps des hommes porter le thu et les femmes le lava-lava mais plutôt rarement sur cette île où l'influence américaine est très marquée. Nous l'avons vu dès notre première visite à l'épicerie. En effet, les tablettes regorgeaient de produits américains dont nous n'avions pas vu la couleur depuis belle lurette, à commencer par les Pop Tarts, les Lucky Charms, le Kraft Dinner et les guimauves. Malgré tout, nous avons quand même pu, grâce à nos diverses excursions sur l'île, voir des traces du passé. Nous y avons vu les maisons communautaires traditionnelles, soit le faluw et le pebai, d'imposantes constructions de paille au toit haut et pointu, supportés par d'énormes piliers de bois dont les quatre murs extérieurs sont ouverts. Alors que le faluw, (plus gros et construit en hauteur au bord de l'eau, sur une imposante plateforme de roches), servait autrefois d'école pour les jeunes garçons, de quartiers pour les bacheliers ou de lieu de rencontre pour les chefs de village, le pebai, lui, est moins imposant et construit au centre des terres. Il servait et sert toujours d'endroit de rassemblement communautaire. On peut encore voir et marcher sur les 'stone footpath' où prennent encore place des danses traditionnelles occasionnelles. On retrouve encore aussi ce qu'on appelle les 'stone money bank' soit d'impressionnantes collections de 'stone money' alignées sur les abords de certaines routes.

Assez parlé d'histoire, pour ce qui est de nous maintenant, et bien nous sommes arrivés à Yap proper vendredi dernier, il y a une semaine, menant notre copain américain Sam à bon port et à temps surtout pour revoir ses amis et faire la fête à souhait avant de prendre son avion. Notre arrêt dans la capitale nous aura permis de faire un peu d'administration, soit de la lessive, de l'internet, une visite chez le médecin pour une petite infection au pied pour Hugo, quelques emplettes mais surtout de finalement réparer le problème de notre moteur défectueux. Comme il y a ici une école de mécanique sur l'île, René s'est retrouvé avec toute une équipe de jeunes apprentis à bord de Cat Mousses. Finalement c'est leur instructeur qui a trouvé le problème. Il disait sentir une odeur qui lui rappelait vaguement quelque chose du temps qu'il travaillait sur les gros bateaux. Et bien il avait du pif cet homme car il a mis le doigt exactement sur le bobo. Fort heureusement, ce n'était donc pas un problème avec les injecteurs mais simplement une accumulation de carbone qui avait complètement obstrué la sortie de l'échappement. René a donc défait le 'mixing elbow' pour l'apporter dans une 'shop' en ville et pour un gros cinq dollars, que les gars étaient tout gênés de réclamer, il a pu utiliser leur atelier, leurs muscles et leurs outils pour défaire le morceau et nettoyer l'obstruction. Quel soulagement pour la capitaine. Il y avait longtemps qu'il travaillait sur ce problème dont il n'arrivait pas à trouver la solution. Finalement pour remercier ses mécaniciens, René les a invités à bord pour un cocktail samedi en fin de PM. Ils ne se sont pas laissés prier et la bière, à défaut du faluba (boisson locale), coulait à flots. J'ai même pu avoir un bon échantillonnage des chansons et danses locales, performances offertes par notre mécanicien sauveur. Nos visiteurs sont repartis assez ronds merci mais surtout bien heureux de leur visite. Une fois l'administration complétée, nous nous sommes permis quelques sorties. Hugo avait repéré que le responsable de la 'shop' de plongée d'un hôtel avoisinant était belge comme lui. Ceci a grandement facilité les négociations pour nous 'bargainer' une sortie de plongée pour pas trop cher. Ainsi, moyennant une sortie de deux plongées de 45 minutes avec bouteille pour René et moi; les enfants et Hugo eux, pouvaient nous accompagner gratuitement pour faire du snorkeling, sortie qu'ils auraient normalement dû payer 50$ chacun. Inutile de dire que le calcul ne fut pas difficile à faire, ça faisait bien notre affaire. De mon côté, difficile à croire, mais il y avait bien 13 ans que je n'avais pas plongé. Heureusement qu'on ne m'a pas trop posé de questions sur mes antécédents de plongeuse et que mes connaissances de plongée me sont vite revenues en mémoires. Rien n'a paru et j'ai pu remettre à jour mon CV de plongeuse. Quelles belles plongées nous avons faites. La première plongée de 45 minutes avec les majestueuses raies manta de Yap. On nous avait dit que rien ne garantissait que nous puissions en voir mais la chance nous a souri et elles sont venues. Les enfants les voyaient d'en haut alors qu'ils faisaient du snorkeling et nous d'en dessous, bien campés contre une patate de corail. Elles viennent à cet endroit appelé 'cleaning station', au dessus d'un petit récif de corail très peu profond, pour se faire nettoyer et débarrasser de leurs parasites par six espèces différentes de poissons qui ont chacune leur fonction et partie spécifique à nettoyer. Impressionnant à voir. Nous les avons vues de très près. Elles passaient juste au-dessus de nos têtes. Ensuite on nous a emmené faire une autre plongée de 45 minutes, mais cette fois avec les requins, des requins de récifs et des 'black tips'. On a vu des murènes et plein de beaux poissons, certains très gros, franchement c'était super! Finalement, nous avons aussi eu la chance d'assister à l'ouverture des jeux de Yap vendredi soir dernier et de voir quelques performances de volleyball, baseball et même d'aviron dans la baie où on se trouvait.

Ainsi, après un peu plus d'une semaine sur le continent, nous avons repris la mer mardi matin le 5 juillet pour une traversée de trois jours et trois nuits vers Palau à quelques 300 miles de Yap. Le capitaine a eu beau investir plein de temps sur internet pour trouver la meilleure fenêtre météo, les fichiers gribs étaient encore complètement à côté de la 'track'. Alors qu'on nous prévoyait des vents du sud de l'ordre de 4-5 n?uds, nous écopions de vents de l'ouest de plus de 20 n?uds. C'est donc dire que, pour faire changement (!!!), nous avions le vent dans le nez, sous la pluie et la merde, à se battre à faire du près pour se rendre à Palau. Disons que les quarts de nuits sont plus pénibles dans ce temps-là, quand les grains se succèdent les uns après les autres et que les vents ne cessent de tourner, de mourir et de reprendre. Il faut constamment ajuster le cap, réarranger les voiles? même pas le temps pour écrire des récits, des emails ou écouter des films! Snif! Il faut dire que nous avons mis trois jours à vaincre le mal de mer. Antoine, par-dessus le marché, faisait de la fièvre pour les premiers 36 heures. Un virus quelconque avec des diarrhées qui a fini par partir comme il était venu. Antoine, Nicolas et moi faisions la file pour vomir par-dessus bord à qui mieux mieux. Bon j'exagère, nous n'avons été malades que deux ou trois fois chacun mais quand même! Ouach!! Seul Hugo, avec son estomac de béton, ne semblait pas trop affecté par la mer. Des heures de plaisir comme le dit si bien notre amie Karine Chayer (si elle nous lit). Et toi aussi Hervé, si tu nous lis, le capitaine commence à dire qu'il la prendrait bien ta nouvelle 'job'. Il y a des jours où il commence à en avoir assez des problèmes mécaniques de toutes sortes, il a bien hâte de ranger sa boîte à outils (comme tu l'appelles).

Je dis ça, mais aujourd'hui le soleil brillait et le vent s'était replacé dans le bon sens, tout comme nos estomacs d'ailleurs. Tout ça pour dire que nous avons enfin recouvré notre appétit et notre bonne humeur et oublié les tracas des premiers jours. Les enfants ont ressorti les livres d'école et poursuivi leurs examens de fin d'année qu'ils devraient terminer sous peu. Bref, nous avons retrouvé le sourire et même célébré hier nos trois ans de navigation pour entreprendre, d'un commun accord, les deux dernières années de notre circumnavigation du globe. Pour terminer, nous avons écrit quelques cartes postales que nous avons tenté de mettre à la poste à Yap mais le Canada était barré des destinations possibles de courrier (possiblement à cause de la grève j'imagine). Elle est terminée je sais, mais l'info n'a pas dû se rendre jusqu'ici encore. Bref, pour les concernés, ne soyez pas surpris de recevoir en provenance de Palau, des cartes postales écrites à Yap. Sur ce, il est 03h00 AM, je vais me coucher un peu.

Posté: 2011-07-08

Cat Mousses

Récit 176 - Encore de nouvelles découvertes

Atoll de Woleai, Yap, Micronésie

Bon et bien me revoici. Je dois dire pour commencer que j'ai l'impression de me réveiller d'un rêve. Je suis comme sur un nuage et je dois me pincer pour vérifier que je suis bien éveillée. Alors que nous avions tendance à commencer à croire que c'est un peu du pareil au même d'une île à une autre, alors que nous pensions avoir pas mal tout vu, puisqu'une île c'est une île et que ça se ressemble tout un peu en bout de ligne... et bien nous avions tort. Nous sommes atterris cette semaine, sur une autre planète, un endroit, ou plutôt une ambiance, dont on ne soupçonnait pas l'existence. Tout ceci me semble encore très irréel. Nous venons tout juste de reprendre la mer vers Yap pour un autre 360 miles nautiques (3-4 jours), avec un membre d'équipage en plus, Sam, un jeune Américain de 24 ans, rencontrés sur l'île, que nous ramenons sur le continent à Yap, où il doit attraper un vol d'avion. Sam vient de compléter un an à faire de l'enseignement bénévole dans l'école secondaire du village de cette île que nous venons de quitter. Il y a maintenant deux mois qu'il attend le cargo de réapprovisionnement, mais comme celui-ci ne cessait d'être retardé, il a pris la chance de venir avec nous. Il semble pour l'instant, un peu incommodé par le mal de mer mais il va s'en remettre. Il est 23h00, il a été malade quelques fois mais il dort sur un coussin dehors alors que je suis de garde. Alors par où commencer pour vous décrire ce que nous venons de vivre??

Nous venons de faire notre premier arrêt de quatre jours dans l'état de Yap, l'un des quatre états fédérés de la Micronésie. Dimanche dernier, alors que nous étions encore à 3 ou 4 jours de notre destination finale, nous nous battions contre des vents venant anormalement de l'ouest pour cette période de l'année. Le capitaine à son réveil, n'a pu résister plus longtemps à la tentation. Voyant la terre pour la première fois après une semaine complète de navigation, il changé de cap pour rallier l'atoll de Woleai. On dit de Yap que c'est le district le plus traditionnel de tous les états de la Micronésie, et que dire de cet atoll de Woleai d'environ 22 petits ilôts dont 5 îles habitées, totalisant environ 850 personnes.

On dit qu'il n'y a pas d'endroit plus traditionnel à Yap. Nous étions un peu sceptiques à ce sujet mais nous avons été agréablement surpris de constater que le livre disait, on ne peut plus vrai. Nous sommes arrivés de nuit vers 21h00, n'utilisant pour tout instrument que le radar, nos yeux et nos oreilles pour éviter le récif car les cartes marines sont complètement décalées de la réalité. Encore une fois le capitaine, est certain, en pénétrant ce lagon de noirceur, d'avoir vieilli d'un autre dix ans. Pauvre de lui... on pourra dire qu'il est pas mal 'game' notre capitaine de s'aventurer dans de telles entreprises. Finalement, l'arrivée s'est très bien déroulée et nous étions tous fort heureux de pouvoir aller nous coucher dans notre lit pour une vraie nuit de sommeil, le capt et moi plus spécialement.

Le lendemain matin, nous étions bien curieux de voir ce que nous allions découvrir sur l'île et nous n'avons pas été déçus. L'influence occidentale ne s'est pas encore fait ressentir dans ce coin-ci du monde, qui est demeuré des plus traditionnels et qu'on ne voulait plus quitter. Les premières pirogues aperçues, à distance, étaient déjà différentes de toutes celles vues auparavant. Contrairement à toutes les îles visitées dans les derniers deux ans et demi, personne n'est venu à notre rencontre. Ils nous envoyaient bien sûr la main, mais personne ne s'est jamais approché (le chef du village l'interdit). Il y avait, à notre plus grande surprise, un autre bateau dans la baie, un Belge en plus. Marc, navigant en solo sur son voilier 'Gannett', venait lui aussi d'arriver et n'avait pas encore mis le pied sur l'île. Puis, Sam, le jeune bénévole américain, nous a contacté sur la radio pour nous inviter à venir rencontrer le chef à terre en PM.

On nous a accueilli avec des colliers de fleurs, et ce à chaque fois que nous avons mis le pied sur l'île. La culture est ici très différente de tout ce que nous avons rencontré jusqu'à maintenant. Le chef de cette île de 400 habitants interdit formellement tout vêtement occidental tel que t-shirt, short ou casquette aux habitants de l'île. Les habitants de Yap appelés Yapese, sont, plus que tout autre Micronésien, intouchés dans leur culture et traditions par l'influence occidentale. Les hommes sont vêtus d'un vêtement appelé 'thu' (un bout de matériel porté comme une jupe-culotte enveloppée autour de la taille et porté de différentes façons tout dépendant de l'âge). Pour les jeunes garçons et le chef, les fesses ne sont pas couvertes alors qu'elles le sont à partir d'environ 16-18 ans. Les femmes elles, évoluent seins nus et portent le lava-lava, (un bout de tissu, tissé à la main par les femmes du village) ou encore une jupe de fibres séchées d'hibiscus et bananiers. On m'en a d'ailleurs offert deux au cours de ma visite et je ne porte que ça depuis. Bien que je doive quand même me couvrir la poitrine, c'est le grand confort. René et Hugo se sont pourvus d'un thu qu'ils portaient allègrement à chacune de leurs visites sur l'île.

Les traits physiques des locaux sont assez asiatiques, soit un mélange qui semble provenir des Philippine, Palau et Indonésie. Les femmes de cette société sont contraintes à un rôle de servantes si on peut le dire ainsi. Comme dans le régime matriarcal, elles travaillent comme des abeilles, mais elles ne sont jamais admises dans le monde des hommes. Alors que les hommes sortent pêcher et passent leurs journées à socialiser, elles sont confinées à la maison ou au jardin et passent leurs journées à cuisiner, jardiner et tisser dans le peu de temps qu'il leur reste. Les repas des hommes sont préparés et consommés à part de celui des femmes et enfants. Elles mènent leur petite vie parallèle au monde des hommes mais ne semblent pas trop s'en plaindre.

Suite à notre rencontre avec le chef du village, on nous a invité à venir sur l'île vers 18h00 le premier soir. Quelle ne fut pas notre surprise de trouver tout le village rassemblé à nous attendre. Les femmes nous offraient des chants de bienvenus et des colliers de fleurs. Puis on nous a emmené, les enfants et moi, à la maison de Mina pour qu'on laisse les hommes seuls à leur affaire.

Chaque soir, les hommes se rassemblent pour le 'drinking circle' pour consommer le faluba (alcool fabriqué à partir du tuba, liquide provenant de l'arbre de cocotier). On ne peut pas dire que nos trois amis (René, Hugo et Marc du bateau belge) raffolaient de ce liquide mais quand même, ils étaient toujours de la partie, question bien sûr, de s'intégrer pleinement. Ces cérémonies (apparemment de planification...) étaient bien sûr combinées du fameux mâchage du betelnut aussi accompagné de tabac. Nos trois mousquetaires, bien qu'ils ne sont pas allés jusqu'à mâcher, faisaient quand même un bel effort de guerre dans la session de 'drinking'. Afin de se donner une petite chance, ils trichaient un peu et apportaient une petite contribution de nos réserves d'alcool de fonds de cales, question de changer le goût du faluba un peu... au plus grand plaisir des locaux qui ne semblaient pas se plaindre de ces petites contributions. Hugo m'a bien fait rire en disant qu'il se sentait un peu, (assis dans ce cercle chaque soir), comme s'il participait à une soirée d'Alcooliques Anonymes. Il avait juste envie de se lever debout pour se présenter et annoncer qu'il avait décidé de cesser de boire mais il ne l'a pas fait et, comme un véritable MALE, il a bu sa part à chaque soir. Un soir, René avait apporté l'Atlas ainsi que livre sur le Canada et la ville de Québec au 'drinking circle'. Les locaux ont bien apprécié cet échange.

Les Américains semblent injecter à chaque année un certain montant compensatoire, peut-être en guise de réparation pour les années de guerre et dommages qui s'en sont suivis. Nous avons d'ailleurs pu visiter l'ancienne piste d'atterrissage, abandonnée depuis 7 ans, des bunkers, véhicules à chenille, armements, un monument, un avion et autres vestiges surtout japonais mais aussi américains de la deuxième guerre mondiale. Toujours est-il que grâce à ces dons, l'île est équipée d'une génératrice et du 110 volts pour s'éclairer dans les maisons le soir. Je parle de ceci car, pendant les sessions de planification stratégique des hommes 'drinking circle', les enfants et moi rejoignons les femmes dans leur petite case ou maison traditionnelle, une grande pièce sans meuble où on se rassemble sur une natte tressée, à même le sol. Comme ils avaient l'électricité, nous apportions le lap top et des films. Chaque soir nous apportions de nouvelles surprises... pop corn, peanuts, biscuits, jus et autre. Un soir j'ai apporté, en catimini, du petit vin rosé. Les femmes m'avaient expliqué, dans leur meilleur anglais, qu'elles n'avaient pas le droit de boire ou plutôt, pas accès à l'alcool. J'ai donc tenté le tout pour le tout en apportant mon petit jus spécial qu'elles ont bien apprécié. Je n'en ai apporté qu'une seule fois mais elles auraient bien aimé qu'on reste plus longtemps car elles appréciaient pas mal ces petites soirées. Le dernier soir, les enfants et moi avons apporté des guimauves. On s'est fait un petit feu au centre de leur cour et nous les avons initiés à l'art de griller des guimauves sur le feu. Ils (femmes et enfants) ont adoré, nous avons eu un plaisir fou. Certains hommes, attirés par le bruit ont même quitté le 'drinking cercle' pour venir fouiner et essayer nos guimauves. Franchement c'était magique.

Chaque jour ils nous faisaient goûter leurs plats et nous leurs faisions connaître des gâteries. Les jeunes filles nous tressaient les cheveux à Catherine et moi. Elles nous fabriquaient de magnifiques colliers de fleurs. Catherine leur peignait les ongles et leur a aussi offert divers vernis à ongles. Malgré la barrière de la langue, car les jeunes parlent très peu l'anglais, les garçons s'amusaient beaucoup de leur côté aussi. Mes fils m'ont beaucoup impressionnée en montrant aux locaux à jouer à la patate chaude avec une pierre qu'ils chauffaient sur le feu. Je ne sais pas où ils ont pêché cette idée mais les locaux ont trouvé ça bien drôle. Ils se sont aussi sculpté des couteaux, des arcs, des flèches, des arbalètes et autres. Franchement, je le redis, c'était magique!

Normalement, nous mettons quelques jours à connecter avec les locaux mais ici nous avons été accueillis à bras ouverts et Sam a grandement facilité cette connexion. Grâce à lui, nous avons vécu des moments très intenses car, puisqu'il quittait cette île sur laquelle il venait de passer un an, les habitants du village lui ont préparé une petite cérémonie de départ. Les femmes et les filles avaient préparé une multitude de colliers de fleurs et chantaient alors qu'on nous enduisait le torse de poudre jaune (épice de turméric). Nous sommes repartis de là, le bateau chargé d'une tonne de bananes, de noix de coco, breadfruit et autre. On nous demande souvent quels furent nos plus gros coups de coeur depuis notre départ du Canada. Franchement je pense que cette petite escale de 4 jours se retrouve maintenant en tête de liste. Merci infiniment à Kirk de Gallivanter de nous avoir parlé de cet endroit, c'est grâce à lui que nous avons mis Yap sur notre liste de destinations cette année.

Côté pêche, nous avons pêché deux superbes thons jaunes la semaine dernière et un autre plus petit ce soir. Un matin au cours de notre séjour, René et les garçons sont allés faire la chasse aux crabes de terres et crabes de cocotiers avec les locaux sur une île avoisinante. Les garçons ont vite pris la 'twist' et sont revenus avec un sac plein, soit 20-30 crabes. Hugo nous a préparé des frites avec les patates et le breadfruit alors nous avons eu tout un festin pour dîner. C'est pas mal ce qui résume nos toutes dernières aventures. Plus à suivre sur le continent principal de Yap que nous devrions atteindre d'ici 2 ou 3 jours.

Posté: 2011-06-22