Brania
Résumé Brania - St-Kitt et un peu plus
Brania et moi sommes à St-Kitts, le bateau est mouillé paisiblement dans la grande baie juste au sud de Basse-Terre. J' y étais venu avec mon épouse et nos quatre filles, il y a neuf ans déjà. Je me souviens, nous avions fait un pique-nique pres de la plage à regarder Belle Océane II, notre voilier à l'époque, mouillé tout pres sur l'eau turquoise. Nous étions seul sur cette partie de la plage et les filles s'amusaient joyeusemment.
Maintenant, ils ont construit des condos et des boutiques à touriste. Je l' ai déjà dis; on prend toute la place. Mais je m'en fou, je n' y mettrai pas les pieds et n'y dépenserai pas une cenne. J' y suis depuis deux jours, et pour la première fois depuis Québec, je fais rien, rien pantoute.
Je ne quitte mon bateau que pour faire une saucette à l'eau et nager tout autour pour ensuite, rembarquer à bord, m' asseoire et regarder la vie s'écouler. J'ai le cerveau qui mijote.
En regardant vers le large, je vois au loin des voiliers allant vers le nord, d'autres vers le sud. Leurs voiles blanches se déplacent sous le bleu du ciel et sur le bleu de la mer, au rythme du souffle qui les caressent. Je tourne la tête de l'autre côté, la plage est remplie de touristes pressés de bronzer. Mais c'est les locataires de motomarines qui attirent mon attention. Les filles, quoique assez rare seule sur les motomarines, se ballade tranquillement dans la baie, font le tour de Brania et du Calédonia, un gros voilier école battant pavillon canadien mouillé juste à côté. Parfois elles essaient de faire un peu de vitesse mais la trouille les prends et ralentissent.
Mais attention, les mecs avec leurs blondes assisent en arrière, bien sûr, y vont à fond. J' en regarde un en particulier. Celui-là, plus que les autres, parce qu'il y en a toujours des meilleurs que les autres. Lui, il sait faire et veut le montrer à sa douce. Il file à toute vitesse, et ce, même si ça tape à se péter les couilles. En arrière, la douce crie comme une déchainée et puis voilà, splash, la motomarine se plante dans une vague, plus autre que les autres, juste à côté de Brania. Les deux ont volé à l'eau. La douce, à l'entendre tousser, a bu son quota d'eau salée et le gars à moitié assommé, s'est pété la mâchoir sur les poignées de l'engin.Le surveillant arrive avec un air de déjà vu, embarque la douce qui est moin douce, le pauvre mec se fait engueuler.
Et moi, je suis entre les deux. Je l'ai en direct. D'un côté, de belles voiles blanches se déplaçant dans les bleus infinis et de l'autre, la vie trépidente de l'artificielle et du superficielle.
Cette vie trépidente, j' y serai dans quelques mois. C'est la mienne, celle d'Amérique, d'Amérique du Nord. Mais Dieu merci, j'ai eu la chance pour un temps de connaître cette autre mode de vie moins pressé , celle que j'aime le plus, parce qu'elle est naturelle et vraie, à l'état brute , difficile parfois mais tellement gratifiante. C'est celle du souffle vivifiant du vent du large qui emplie les voiles de mon bateau et mes poumons jusqu'à redonner vie au plus profond de mon être et ainsi,réveiller mon âme endormie par ces années ou les affaires et la réussite étaient une fin en soi. Ce même souffle, nous a porté Brania et moi en Europe, en Afrique, en Amérique du Sud. Que du nouveau, que du pure. Rien de vieux, rien d'impure. Toute une richesse. Toute une fierté pour moi, qui vie loin, tres loin, trop loin de la mer.
Loin de moi de dénigrer notre mode de vie en Amérique, sans lui, je n'aurais probablement pas pu réaliser l'autre. Mais on ne peut apprécier ni l'un ni l'autre sans les avoir vécus.
Je mets le cap vers St-Martin. A son tour, les grandes voiles blanches de Brania découpent le beau bleu du ciel. Le soleil brille de tout son éclat, l'étrave du bateau embrasse la mer. La brise toute chaleureuse m'enveloppe, j'ai les idées toutes vagabondes... Je l'entend m'appeller, et ce, de plus en plus fort. Il crit, je fais le sourd d'oreille. ll aimerait me voir et moi aussi je voudrais tellement aller le voir. Je n'aurais qu'à tourner la barre de 90 degrés vers l'Ouest puis naviguer toujours vers là-bas, où le soleil se couche.
Je fais semblant de ne pas l'entendre, mais je l'écoute. Il me dit:'' Tu as fais le tour de l'Atlantique, tu as raison d'être fier. Mais moi, je suis beaucoup plus vaste et j'ai aussi beaucoup à t'offrir: Les Galapagos, Les Gambiers et Les Marquises, Tahiti et Bora-Bora, Le Vanuatu et la Nouvelle-Calédonie et les Papous, ça je sais que ça t'intéresse. Tu n'as qu'une vie bonhomme.
J'ai la larme à l'oeil et le coeur lourd, c'est le Pacifique qui m'appel. Je suis déboussollé pour un moment. Il faut que je reprenne sur moi, que je maintienne le cap et mon cap doit être ma famille maintenant. C'est là que je dois aller et c'est là que j'irai. Toi, le Pacifique tu peux nous attendre Brania et moi, t'inquiète, si Dieu me donne la santé, tu nous porteras.
Sylvio Côté
Du Brania







